Le présent ouvrage est publié sous forme numérique, en accès libre et gratuit.
Ce choix procède d'une conviction. Les schémas d'édition traditionnels ne permettent ni aux idées neuves d'émerger sans censure, ni d'être diffusées par la seule force de l'argument rationnel. Les concepts et les analyses que cet essai propose ont vocation à circuler librement, sans barrière financière ni physique, partout où un esprit libre dispose simplement d'une connexion et de l'honnêteté intellectuelle. Bien que s'adressant directement aux Congolais, cet essai porte des vérités qui parleront au cœur de tous les peuples et à tous les amis de l'humanité, de l'honneur et de la liberté.
La publication progressive — chapitre par chapitre — s'inscrit dans une tradition intellectuelle éprouvée. Les Federalist Papers de Hamilton, Madison et Jay furent publiés essai par essai dans la presse new-yorkaise de 1787 à 1788, sous le pseudonyme collectif « Publius ». Common Sense de Thomas Paine parut en 1776 sans nom d'auteur, portant la seule mention « Written by an Englishman ». Dans les deux cas, l'effacement individuel servait une exigence de conscience collective.
Le présent essai adapte cette tradition aux moyens propres à notre époque. La publication numérique permet une diffusion immédiate et sans frontière. Le système d'éditions garantit la traçabilité de chaque version du texte. L'espace de commentaire ouvert à la fin de chaque chapitre prolonge la réflexion au-delà de l'auteur — car cet essai n'appartient à personne, sinon à la conscience congolaise tout entière.
L'anonymat de l'auteur n'est ni une lâcheté ni un artifice. Il peut sembler paradoxal qu'une œuvre qui prône la bravoure collective soit publiée sans nom. C'est un choix moral.
L'effacement individuel de l'auteur est un acte de foi et d'attribution de cette œuvre à la seule conscience nationale congolaise qui a inspiré chaque ligne de ce manifeste d'aussi loin que je me souvienne.
Écrire un livre de cette nature n'est évidemment pas un travail d'un jour. Mon enfance dans la guerre, à 5 ans à peine, tenant la main de ma mère et marchant des kilomètres vers les villages loin de la ville, devant fuir les atrocités de toutes ces hordes d'armées étrangères et avançant dans ces sentiers jadis connus, jonchés ici et là de cadavres de familles entières parmi lesquels quelques visages bien familiers de camarades du quartier — cette enfance-là a planté dans mon âme profonde une question fondamentale qui mûrit avec l'âge et le jugement.
À l'âge émotif : pourquoi notre État ne nous protège-t-il pas ? Plus tard, le constat : notre État est incapable d'offrir à tous les Congolais une protection. Puis à l'âge de maturité : pourquoi notre État n'a-t-il jamais été en mesure de nous défendre — et enfin, ce qu'est l'État et ce qu'il n'est pas.
Toute ma vie a été une quête vers cette réponse.
Publier, et surtout sous cette forme, est une entreprise plus onéreuse encore. J'ai tenu à en supporter la charge personnellement. Beaucoup d'amis, de connaissances et des personnalités ont pris part d'une manière ou d'une autre : en relisant les toutes premières versions, en critiquant mes thèses avec une hauteur suffisante pour me faire douter et, pour certains, en s'impliquant davantage. Ils trouveront ici l'expression de ma profonde gratitude et toute la décharge de quelque responsabilité que ce soit : elle est celle de l'auteur, pleinement et entièrement.
Enfin, la sincérité qui a présidé à la conception de cette œuvre oblige à se mettre en retrait de toute polémique. Je ne m'exprimerai, le cas échéant et sous la forme qui convient, que dans la mesure où un argument constructif ou digne de l'attention l'exigerait. En dehors de cette seule condition, il appartient à chaque Congolais de toutes les générations et en particulier de la nôtre, de faire de ce manifeste ce que le devoir national congolais exige de nous.