O.N.N.EN

À propos


Manifeste de conscience congolaise


Un mouvement intellectuel congolais


En 1956, des hommes de notre peuple ont osé écrire que le Congo méritait sa liberté. Ils avaient raison, et cette liberté fut arrachée. Soixante-dix ans plus tard, nous écrivons à notre tour — non pour répéter ce combat, mais pour nommer ce qu'il a laissé inachevé.

Le front contre l'étranger existe. Il est réel, il est actif, il saigne. Mais il ne peut être gagné tant que nous n'avons pas d'abord remporté le front intime — celui qui se joue en nous-mêmes, contre le Paradoxe congolais, contre le déterminisme historique qui enchaîne notre peuple depuis des générations. Ces trois combats sont un seul et même combat.

Un peuple idéologiquement épuré n'a plus d'ennemi étranger. Personne ne s'attaque à un peuple qui s'est d'abord conquis lui-même.

Depuis l'indépendance, chaque génération congolaise a hérité du même paradoxe : un pays immensément doté, un peuple profondément vivant, et un État chroniquement incapable de les mettre en accord. Ce n'est pas une fatalité naturelle. Ce n'est pas une malédiction. C'est le produit d'une histoire — celle de Léopold II qui fit du Congo sa propriété privée, celle du régime colonial belge qui organisa systématiquement l'obscurantisme de notre peuple, celle du mobutisme qui consacra la corruption comme mode de gouvernement. On ne sort pas indemne de ces décennies noires. Elles ont produit un déterminisme — une manière d'être gouverné et de se gouverner — que nous reproduisons sans toujours le savoir.

Nous ne sommes pas aveugles. Le gouvernement national se bat aujourd'hui, les armes à la main, contre les ennemis militaristes de notre peuple dans la région des Grands Lacs. Ce combat mérite d'être reconnu. Mais reconnaître ce front ne nous interdit pas de nommer l'autre — celui que ce même gouvernement refuse d'ouvrir contre lui-même. La corruption n'est pas un détail administratif : c'est une idéologie. L'impunité n'est pas un dysfonctionnement : c'est un système. Tant qu'un régime se bat contre l'ennemi extérieur avec les armes de l'ennemi intérieur — la prédation, le mensonge, la médiocrité érigée en méthode — il ne peut pas gagner pleinement. Le front militaire et le front idéologique sont inséparables. On ne libère pas un territoire avec un État qui se dévore lui-même.

C'est dans ce contexte que naît ce livre. Non pas comme une opposition politique, ni comme un programme de gouvernement. Mais comme un acte intellectuel — le premier d'un combat qui se gagne d'abord dans les esprits avant de se gagner dans les urnes ou sur les champs de bataille. Abolir le destin, c'est refuser que le Paradoxe congolais soit la condition permanente de notre peuple. C'est rassembler les Congolais de tous les horizons — ceux du fond de nos provinces et ceux des diasporas lointaines de Londres, New York, Paris, Bruxelles — autour d'une seule conviction : notre peuple et notre État ne vivent pas le destin qui leur revient, et cette situation n'est ni naturelle ni irréversible. Ce livre n'appartient à aucun parti. Il appartient à toute génération congolaise qui refuse de végéter dans ce paradoxe et qui sait, au fond d'elle-même, qu'un Congo à la hauteur de son potentiel est non seulement possible — mais qu'il est dû.

En 1956, ils ont écrit pour que nous soyons libres. En 2026, nous écrivons pour que cette liberté devienne enfin un destin. Ce n'est pas la même génération, ce n'est pas le même combat — mais c'est la même exigence, portée plus loin, portée plus haut, portée par ceux qui savent que l'indépendance sans la souveraineté intérieure n'est qu'une promesse à moitié tenue.

Ce livre est notre part. Il ne sauvera pas le Congo seul. Mais il pose, avec la rigueur et la sincérité que le drame de notre peuple exige, les termes d'un débat que nous n'avons plus le droit d'éviter.

Nous — qui avons tout pour réussir, mais vivons tout ce qui exige de se lamenter, avons le devoir d'abolir le destin.


Kongomani

MMXXVI